SUGAR HICCUP

1996
Tramway
Glasgow (UK) (09.02-24.03)


J’ai été invitée avec deux autres artistes, Sam Samore et Richard Wright qui se sont partagés les murs, tandis que l’on me consacrait la surface du sol. A l’origine, la salle d’exposition était utilisée comme local d’entretien pour les tramways de Glasgow. L’espace baigné de lumière zénithale est entouré de quatre murs très hauts ; deux rangées de colonnes en fonte, et au sol six rails en acier affleurant à peine le ciment, partagent la largeur de la salle en trois travées.
Dans le cas d’un espace clos, les parois des murs participent matériellement à l’élaboration de mes sculptures. Les sculptures sont reliées méthodiquement, des murs vers le centre de la salle (voir Deux bords ou Face-à-main) ; je ressent la sculpture, physiquement, comme une ceinture autour de moi ; les murs séparant « le monde extérieur » de mon travail à l’intérieur de l’espace. À partir de ma perception de l’espace, je défini un programme qui règle mes envies et ma manière de travailler. À Tramway, je ne pouvais utiliser les murs de la salle d’exposition. Je me suis demandée comment procéder, sans dispositif sur les murs pour créer de nouvelles pièces en les reliant au centre de cet immense espace. Ma première résolution a été de construire des sculptures qui, dans leur composition, enfermaient une portion du sol. Nous étions en hivers lorsque je fis ma seconde visite à Glasgow pour revoir la salle d’exposition ; la neige recouvrait les rues de blanc, neutralisant les choses et les couleurs. C’est en rentrant à Paris, alors que j’étais déjà en train de construire Cale, que j’ai eu l’idée de couvrir la surface du sol de tramway avec du sel fin très blanc. Cale entoure un espace vide, j’aimais que l’on puisse le regarder sans qu’il soit physiquement possible de l’atteindre. J’ai tamisé le sol de mon atelier avec du sel (à l’intérieur et à l’extérieur du périmètre de la sculpture). En marchant autour d’elle, je laissais les traces de mes pas, tandis qu’au centre la surface du sel restait intacte. La neige fraichement tombée procure la sensation de paysage miraculeusement vierge, cette étrange impression est aussitôt détruite par l’inscription des premières traces de pas. Les quatre sculptures Cale, Contrôle 3, Delta et Des idées délimitent un espace clos dans leurs contours.
Le sol de Tramway uniformément blanc s’est couvert de traces de pas pendant le vernissage. C’est le moment que j’attendais pour que mon travail soit enfin terminé. En visitant l’exposition, les gens sont allés d’une œuvre à l’autre, le trajet qu’ils ont emprunté est resté imprimé en mémoire sur le sol durant les trois mois d’ouverture de l’exposition. Le dessin des pas sur la blancheur du sel relie les sculptures en des tracés particuliers pour chaque personne. En restant intact, vierge de toute marque sur le sel, les espaces enclos des sculptures insistent sur le caractère privé de mon travail par contraste avec l’espace public autour des œuvres, ouvert à toutes les libertés.

I was invited to put on this show with two other artists, Sam Samore and Richard Wright. They shared the walls, while I was allocated the floor area. The exhibition hall was originally used as a maintenance depot for Glasgow’s trams. With its four very high walls, it boasts excellent natural top lighting. Lengthwise, the hall is divided into three bays by two rows of cast iron columns and, on the floor, six steel rails more or less flush with the cement. When a space is enclosed, the surfaces of the walls make a material contribution to the way I work out my sculptures. The sculptures are linked methodically, from the walls towards the middle of the hall (see Deux bords or Face-à-main). I feel sculpture like a belt around me. Based on my perception of the space at hand, I draw up a programme which governs what I am after and the way I work.
At Tramway, the walls of the exhibition hall were not mine to use. I wondered how to go about the show with nothing on the walls to create new sculptures by linking them to the middle of the huge space. The first thing I did was to construct some sculptures which in their composition, enclosed part of the floor. It was winter when I made my second visit to Glasgow to have another look at the exhibition hall. The streets were snow-covered, which rendered things and colours neutral. It was on my way back to Paris, when I was in the middle of making the Cale sculpture, that I had the idea of covering the Tramway floor area with fine salt. Cale encompasses an empty space. I wanted visitors to be able to look at it without it being physically possible to get close up to it. I sieved in my studio, very white salt over the floor (inside and outside the perimeter of the sculpture). As I walked around the sculpture, I left traces of my footsteps which formed a thousand lines and curves. In the middle of the sculpture, the salt surface was untouched. It was impossible to venture inside because the sculpture formed a barrier. Freshly fallen snow creates a sensation of a miraculously virgin landscape, but this strange impression is shattered just as fast by the first footsteps in it. The four sculptures Cale, Contrôle 3, Delta and Des idées thus enclose a closed space within their outlines.
The floor of Tramway, which is uniformly white all over, was covered with footsteps at the opening. This was the moment I had been waiting for, because it would finally wind up my show. As people visited the exhibition, they wandered from one work to the next, and the route they took was recorded on the floor. The pattern left by their footprints in the salt connects the sculptures with lines that are specific to each onlooker. Because the enclosed areas in the middle of the sculptures remained unscathed by any mark in the salt, this underscored their separateness in relation to the public area, with all its possibilities.

Text by Pavel Büchler

Notice Elisabeth Ballet

Note by Elisabeth Ballet