À CELLES QUI SONT PRÉCISÉMENT SIGNIFIÉES 1988

(série DES IDÉES QUE L’ESPRIT AJOUTE À CELLES QUI SONT PRÉCISÉMENT SIGNIFIÉES PAR LES MOTS)
Bois d’Iroko, aluminium
17 × 290 × 270 cm


« La géométrie, ou a pour objet primitif les propriétés du cercle et de la ligne droite ou embrasse dans ses spéculations toutes sortes de courbes ce qui la distribue en élémentaire et en transcendante. »
Le texte de Denis Diderot extrait de l’Encyclopédie marque une opposition entre une géométrie « élémentaire » qui aurait « pour objet primitif les propriétés du cercle et de la ligne droite » et une géométrie « transcendante » qui embrasserait « dans ses spéculations toutes sortes de courbes ». La géométrie est captivante parce qu’elle est un outil mathématique qui nous permet de trouver des formes, grâce à des points, des lignes, des surfaces, mais sans rapport avec l’espace extérieur. La forme est liée selon moi à l’« élémentaire » ; la « transcendance » a plus à voir avec la peinture… sa frontalité la met davantage du côté de l’idée. Venise est tout entière organisée autour de l’humidité qui, lors de l’acqua alta, rend confuses les limites entre la terre, le ciel et l’eau. Les canaux renvoient à ces « courbes » évoquées par Diderot et à cette confusion. Le petit espace aménagé à l’extérieur, sur lequel j’interviens, n’a pas été dessiné en vertu d’un projet initial : sa forme est induite par la configuration du canal. Le carré de la terrasse est du côté de l’élémentaire ; la courbe du canal est en quelque sorte du côté de la transcendance. Les mots au bord de la terrasse se détachent sur l’eau et produisent une sorte de vertige.

‘Geometry either takes as its primitive subject the properties of the circle and the straight line or encompasses in its speculations all sorts of curves, which distributes it as elementary and as transcendent.’
This Diderot text from the Encyclopédie indicates an opposition between a form of geometry called ‘elementary’, which is ‘primarily the study of the properties of the circle and the straight line’, and a ‘transcendent’ geometry which is said to encompass ‘in its speculations all sorts of curves’. Geometry has always fascinated me because it is a mathematical tool that enables us to find shapes through the use of points, lines and surfaces, but without any relationship to external space. Form for me it is linked to the ‘elementary’ ; ‘transcendence’ has more to do with painting . . . its frontality makes it closer to the idea. In Venice everything is organised around wetness, which, during acqua alta, blurs the boundaries between land, sky and water. The canals evoke the ‘curves’ that Diderot speaks about, and this confusion. The small space composed outside on which I intervene was not designed in accordance with an initial plan : its shape was determined by the shape of the canal. The square of the terrace is in the order of the elementary ; the curve of the canal in a way belongs to transcendence. The words inscribed on the edge of the terrace and which stand out against the water produce a kind of vertigo.
Traduction anglaise : Charles Penwarden