EYELINER

2007
Caoutchouc
Dimension variable


« J’aimerais qu’il existe des routes qui s’arrêtent nulle part, en plein milieu d’un champ au milieu de nulle part… » (Fernando Pessoa)
La route évoque l’aventure et la liberté, elle me renvoie aux journées sans rendez-vous, aux détours, la traversée de paysages, l’observation, le vague et le précis à la fois, l’imaginaire, le plaisir, la musique, les sons, des odeurs et tant d’autres sensations. Comment réduire une route à quelques mètres comprimés et isolé sur le sol d’une salle dont les limites sont partout repérables. Si la littérature, le cinéma et la photo l’ont si souvent évoquée, c’est pour moi « presque » un objet comme un autre, la route peut s’arrêter au milieu de nulle part, car la route n’a jamais de départ ou d’arrivée définie, on la prend quelque part et on la quitte ailleurs. C’est ainsi que j’ai extrait une portion de route de cinquante mètres de longue amorcée par des lignes intermittentes interrompues par trois flèches se rabattant sur une ligne continue. Je l’imaginais molle, odorante, souple et lourde en même temps, et pesante et nonchalante. Étroite bande repliée sur elle-même, à l’endroit puis à l’envers. Son revers a autant d’importance, il symbolise la continuité et l’ailleurs que l’on ne voit pas. La route a un code, une signalétique, un tracé, une perspective.
Pour l’installation de la sculpture Eyeliner, l’effort ne sert à rien, il faut être simple et se laisser entraîner par les qualités matérielles du caoutchouc ; elle s’enroule et se plisse jusqu’à un certain point. Difficilement contrôlable à cause du poids sur la longueur, je voulais faire ressentir la continuité de la route, dans le temps et dans l’espace, et également sa matérialité.

EYELINER 2007
Rubber
Variable dimension
Collection of the museum of contemporary art of the Val de Marne, MAC/VAL, Vitry-sur-Seine

I wish there were roads ending nowhere, in the middle of a field in the middle of nowhere… (Fernando Pessoa)
Roads evoke adventure and freedom, they call to mind unscheduled days, winding paths, going through landscapes, observation, both vagueness and preciseness, imagination, pleasure, music, sounds, smells… and so many other sensations. How can one reduce a road to a few meters, compressed and isolated on the floor of a room, the limits of which can easily be noticed ? While literature, cinema and photography have dealt with it so many times, as I see it, it is ‘almost’ just like any object ; the road can stop in the middle of nowhere, for it never has a well-defined starting point or arrival, you just take the road somewhere and leave it somewhere else. That’s why I took a fifty-meter long portion of road, starting with intermittent lines, broken by three arrows cutting in an unbroken line. I imagined it soft, scented, both supple and heavy, weighty and nonchalant. A narrow strip folded on itself, on the right side, and on the wrong side. Its back is equally important ; it symbolizes continuity and the other places one cannot see. The road has a code, a means of signalling, a layout, a perspective.
When setting up the sculpture Eyeliner, there’s no need to make an effort, one has to be simple and let themselves be carried away by the material qualities of rubber ; it winds up and creases up to a certain extent. It was difficult to control it because of its weight lengthways, and I wanted to express the road’s continuity, throughout time and space, and also its materiality.