FLYING COLORS

2010
Aluminium laqué. H. variable/L346/P1460cm
Installation Musée Bourdelle


Pour faire une sculpture dans cet endroit lourdement chargé je recherchais un espace capable de faire circuler l’imaginaire à l’intérieur du périmètre de l’atelier d’Antoine Bourdelle devenu avec le temps un musée. Dans le jardin encombré par toutes sortes de sculptures, je pensais pouvoir jouer le pittoresque, la légèreté ou le minuscule, tous ces qualificatifs représentant plutôt un défi. Mais l’étroitesse et la complexité des parcelles sont très contraignantes. Plus j’y pensais, plus se dégageait une sensation précise de désir de fuite hors du musée ; j’avais besoin d’un espace concret précisément délimité. C’est pourquoi j’ai opté pour la terrasse extérieure dominant le jardin sur rue. De là on a une vision étendue sur les toits, tremplin vers le ciel. Bien que faite de limites avec une vue bloquée frontalement par la façade d’un immeuble, la terrasse surplombe le musée, c’est aussi le seul emplacement dégagé bien qu’il se traduise en réalité par une impasse. Cette configuration étroite mais sans obstacle m’a encouragé à imaginer une sculpture qui entraîne une sorte de « décollage » du spectateur. Sur le mur en brique longeant le belvédère se situe un grand bas relief en trois panneaux intitulé Les muses accourent vers Apollon. On trouve dans le titre de l’œuvre la notion de mouvement et une évocation de la danse le long de la terrasse. Simultanément à ma quête d’espace dans le musée une exposition sur le thème d’Isadora Duncan présentait des documents sous la forme de photos, de films muets de la danseuse, ses vêtements de scène, des objets divers, des dessins ainsi que quelques étranges sculptures dansantes ; la grâce et la légèreté étaient montrées au musée au sein même de la collection des sculptures en bronze et en marbre de Bourdelle. Le dessin s’est imposé comme outil pour concevoir une sculpture suggérant une trajectoire de fuite ou d’évasion que la proximité du bas-relief a renforcé. Je cherche à exprimer dans la sculpture un lieu à partir duquel un récit imaginaire et fragmenté s’invente, la sculpture comme moyen d’évasion et la terrasse comme piste d’envol. Depuis les pièces récentes Eyeliner et Road Movie, la route revient de façon récurrente dans mes travaux. La sculpture comme la route sont les moyens que j’ai choisi pour manifester mon désir de liberté, ils m’évoquent tous les possibles. Sur place, j’ai rêvé à un au-delà du lieu, un récit s’est construit peu à peu et les images se succédaient en un chemin à parcourir. J’ai pensé aux pas de danse, puis aux pas tout court, puis aux traces imaginaires que laissent les feux arrière d’automobiles roulant côte à côte sur une voie rapide la nuit. Je voulais que se perçoivent ces effets d’excitation et de dégagement que provoque la vitesse. Le rouge et le jaune des feux clignotant avertissant d’un dépassement. Seize lignes rouges de douze mètres de longs et quinze autres de couleur jaunes, de six et douze mètres se suivent ou se poursuivent. Les barres parallèles jaunes sont placées en dessous, ou à côté des barres rouges, puis toutes sont cintrées provoquant un virage élargi à gauche de l’axe central bien marqué par un alignement strictement régulier. Cette disposition des lignes est brouillé par le déplacement du spectateur selon qu’il se trouve à un point ou à un autre de la sculpture ou sur le côté, en effet les barres sont étroites et épaisses (vingt-cinq d’épaisseur par cinquante millimètres de hauteur), aussi dès qu’il se décale de l’axe central de la sculpture, il la voit s’épaissir, les couleurs rouges et jaunes plus ou moins visibles. Au lignes tracées par lesquelles je recherchais à travers la régularité et la simplicité, le sentiment d’harmonie, c’est ajouté la notion de vitesse (doublement de certaines lignes), puis celle de couleur : un rouge éclatant et un jaune vif. Je voulais qu’on ait le sentiment de prendre de la vitesse pour un décollage en règle.

En mai, fais ce qu’il te plaît ! 5 mai-19 septembre 2010
Musée Bourdelle exposition organisée par Juliette Laffon.

Flying Colors 2010
Lacquered aluminium
H.Variable/L346/D1460cm

To conceive a sculpture in this heavily loaded place, I was looking for a space that would enable imagination to circulate within the area of Antoine Bourdelle’s studio, which, in time, has turned into a museum. In the garden, cluttered with all sorts of sculptures, I thought I could play with the picturesque, lightness, tininess – all these terms representing quite a challenge. But the fragments’ tightness and complexity are very constraining. The more I was thinking about it, the more I had a precise feeling of willing to escape from the museum ; I needed a concrete space, free from obstacles. That is why I decided upon the outdoor terrace above the garden viewing the street. From there, one can have a large view on the roofs, springboards to the sky. Although the view is limited by a building’s front, the terrace overhangs the museum, and it is the only cleared space, though it actually takes form as a dead end. This narrow but obstacle-less configuration encouraged me to imagine a sculpture bringing about a sort of ‘lift-off’ of the visitor. On the brick wall running along the belvedere, there is a big bas-relief made of three panels, entitled ‘The muses running up to Apollo’. There is, in the work’s title, the notion of movement and an evocation of dancing along the terrace. At the same time as I was looking for space in the museum, an exhibition about Isadora Duncan was showing documents in the form of photos, silent films of the dancer, her stage costumes, various objects, drawings, and also some strange dancing sculptures ; grace and lightness were shown in the museum within the collection of bronze and marble sculptures by Bourdelle. Design emerged as a tool to conceive a sculpture suggesting a flight or escape trajectory, which was intensified by the closeness of the bas-relief. In this sculpture I try to express a place from where an imaginary and fragmented story is made up ; the sculpture is a way to escape, and the terrace is a takeoff runway. Since my recent works Eyeliner and Road Movie, roads recur in my works. Sculptures, just like roads, are the means I chose to express my desire for freedom : they suggest all possibilities. On the premises, I dreamed of somewhere beyond the place ; little by little a story was built and one image followed another, making a path to run on. I thought of dance steps, then steps only, and finally I thought of the imaginary tracks left by the rear lights of cars driving side by side on a motorway by night. I wanted this effect of excitement and freeing provoked by speed to be perceived. The red and yellow of lights indicate an overtaking. Sixteen twelve-meter long red lines and fifteen six and twelve-meter long yellow ones, follow or chase one another. The yellow horizontal bars are put underneath, or next to the red bars, and then they are all arched, forming a bend widened on the left of the central axis, well marked by a strictly regular alignment. This set of lines is muddled up by the movement of the visitor, depending on where they are standing in relation to the sculpture, or on the side ; the bars are narrow and thick (twenty-five millimetres thick by fifty millimetres high), therefore as the visitor moves from the central axis of the sculpture, they can see it getting thicker, and the red and yellow colours are more or less visible. The drawn lines, in the regularity and simplicity of which I was looking for a feeling of harmony, were combined with the notion of speed (doubling of certain lines), and colour (bright red and vivid yellow). I wanted one to have the feeling of increasing speed for a proper takeoff.

En mai, fais ce qu’il te plaît ! May 5th – September 19th 2010
Bourdelle Museum, exhibition organized by Juliette Laffon

Text by Elisabeth Ballet

Notice