LEICA 2004

Film vert transparent sur plexiglas
H180/L980/P80cm
Collection Fonds national d’art contemporain, ministère de la culture et de la communication


La sculpture Leica est constituée de cinq côtés en plexiglas sans ouvertures : au sol une cornière du même matériau en constitue la base. C’est un grand capot lisse et brillant de neuf mètres quatre-vingt de long par un mètre quatre-vingt de haut et quatre-vingts centimètres de profondeur. Il est construit avec des panneaux en plexiglas transparents, aux deux extrémités arrondies. Son montage est apparent, les visses plongent dans la matière sans quincaillerie ajoutée ; le pas de vis est creusé directement dans le plexiglas. Un film adhésif cristal vert jade est appliqué sur toutes ces faces intérieures. Au niveau du quatrième panneau, sur l’une des deux faces, le film adhésif reproduit le signal d’une sortie de secours agrandie à l’échelle de la sculpture. Une figure humaine qui court se découpe en vert au centre du cadre d’une porte ouverte figurée ici par l’absence du film vert qui recouvre toutes les autres parties du capot, de sorte que l’on peut apercevoir la couleur réelle du sol de la salle sur laquelle est posée la sculpture.
Sa forme, les matériaux qui la composent, son assemblage sont simplifiés volontairement de sorte que la lecture soit aussi rapide que le pictogramme le suggère.
La sculpture ne nous renvoie pas seulement à l’architecture : le sol sur lequel nous marchons autour de son contour nous renvoie à l’intérieur du long corridor où nous pourrions marcher s’il était accessible. Il ne s’agit pas d’une boîte, mais d’un capot posé sur le sol. On peut s’y projeter intérieurement et mentalement. Le pictogramme associé à la forme dynamique de la sculpture et à son matériau reflète l’environnement extérieur en même temps que notre propre image. La clôture totale de la pièce associée à sa transparence, dans l’espace mat du réel active nos sensations, et notre imaginaire.

La sculpture est un obstacle qu’on ne peut franchir. C’est un objet mental résistant à l’espace politique, celui de l’extérieur dont elle renvoie un écho lointain. Cette sculpture est le résultat le plus sensible de toute une série de pièces réfléchissant l’espace physique réel avec l’espace abstrait et plus mental présent dans mon travail depuis le début. *Voir BCHN : la construction reproduit fidèlement le contour d’une boucle au marqueur rouge, tracée sur les plans des deux salles du musée d’art moderne de la ville de Paris. Le projet BCHN s’expose au travers des galeries comme espace perçut de l’intérieur, tantôt intime ; tantôt public s’il est vu de l’extérieur comme un objet avec ses trois dimensions. Il peut aussi prendre la forme d’une barrière, ou d’une cage comme Trait pour trait à Kerguéhennec. *Voir aussi Corridor. Distante de deux centimètres cinq, quarante-cinq bandes plastiques noires (feuillard), servant à l’emballage industriel, sont tendues horizontalement, de haut en bas, sur un cadre en acier d’un mètre quatre-vingt de haut par six mètres de large. En tension sur le premier cadre, les feuillards retombent librement le long des deux murs latéraux. Chaque bande répandue en désordre sur le sol se connecte, selon un ordre précis, à un deuxième écran situé deux mètres plus loin. En mouvement, par un jeu d’optique entre les écrans, la vision de l’espace de la salle d’exposition est modifiée par le balayage vertical des bandes noires sur le fond blanc du mur. La sculpture définit un espace visible et dense, espace actif de mon travail sur le volume neutre de l’architecture. Montrée ailleurs, il faudra adapter un espace architectural à sa dimension : la sculpture Corridor, élargie aux quatre murs qui la reçoivent, garde en mémoire la largeur de la salle pour laquelle elle a été construite. Leica doit être installée au milieu d’une salle ou d’un corridor, elle est faite pour cela. Elle est autonome.