SCHLÜTERSTRASSE BERLIN MATIN ET APRES-MIDI 2000

(série VIE PRIVÉE)
Vidéo
15’


L’image montre la façade d’une résidence berlinoise, côté cour ; elle est recouverte d’un enduit orange assez lumineux. Entre la vitre de ma fenêtre et la façade qui me fait face s’élève le tronc dépouillé d’un marronnier, il n’y a pas de vent, pas d’oiseaux, pas de bruit ; l’action se situe au milieu de l’hiver.
Un homme habite en face, au deuxième, un étage au-dessus du mien. Toute la journée, exclusivement le dimanche et les jours fériés, il apparaît nu, et disparaît régulièrement derrière sa fenêtre ; de temps à autre, il sort de mon champ visuel, en prenant son temps, doucement, et s’assied sur ce qui doit être son lit. L’homme a une relation muette avec moi : il se tient debout, comme sur le devant d’une scène de théâtre, rideaux fermés-rideaux à demi clos-rideaux largement ouverts. Je travaille au premier étage de cet immeuble qui est vide de tout autre occupant le week-end, je suis seule avec lui, j’attends, et je le filme. Il est venu à moi et, forcément, une histoire a commencé… au Centre national de la photographie, « Entrée dans la cour » (2000), puis à l’exposition « Vie privée » au Carré d’art (2002). Cet homme dans sa nudité me renvoie à l’intérieur de mon appartement, à moi-même en miroir.
Extrait du texte d’Élisabeth Lebovici publié à l’occasion de l’exposition « Bande à part » (Matt’s Gallery, Londres, 2001) : « Depuis ses débuts en 1985 le travail d’Élisabeth Ballet confine à l’abstraction. La substantifique moelle d’une sculpture ne consiste-t-elle pas à interdire le toucher ? Le couple voyeurisme/exhibitionnisme, dans sa réalité sexuelle, n’est-il pas une autre façon de frustrer le toucher ? » Je n’ai jamais pensé que la sculpture fût quelque chose de tactile. La sculpture, à mon sens, est une pure création de l’esprit. Forcément ça n’a rien à voir avec la matière. Au début, lorsque je construisais en terre, cela ne conduisait qu’à la frustration. Construire en matière, c’est pouvoir tout détruire en un clin d’œil ; au contraire, penser de l’intérieur, en images, amène beaucoup plus loin parce qu’il faut régler des problèmes qui ne sont pas formels.

The picture shows the façade of a residence in Berlin on the courtyard side that has a rather luminous orange rendering. Between my windowpane and the building facing me stands the bare trunk of a horse chestnut tree. There is no wind, no birds, no sound ; the action takes place in the middle of winter. There is a man living opposite, on the second floor, one floor up from me. All day long, just on Sundays and bank holidays, he is naked, regularly disappearing behind his window ; now and again he moves out of my field of vision, taking his time, slowly, and sits down on what must be his bed. The man has a silent relationship with me, he stands up, as if on a theatre apron with the curtains drawn – curtains half-drawn – curtains right open. I work on the first floor of this building, which is otherwise completely deserted at weekends ; I am alone with him, I wait, and I film him. He came to me and inevitably this was the beginning of a story . . . at the CNP, with ‘Entrée dans la cour’, and then at the ‘Vie privée’ exhibition at the Carré d’Art in Nîmes. This man in his nakedness refers me back to the interior of my apartment, to a mirror image of myself.
From a text by Élisabeth Lebovici published on the occasion of the ‘Bande à part’ exhibition (Matt’s Gallery, London, 2001) : ‘Ever since she started out in 1985, Élisabeth Ballet’s work has verged on abstraction. Does not the very substance of a sculpture involve a prohibition on touching it ? Is not the voyeurism/exhibitionism pair, in its sexual reality, another way of frustrating the sense of touch ?’ I have never thought of sculpture as something tactile. In my view, sculpture is all in the mind. Of course, it has nothing to do with matter. In the early days, when I was making things out of earth, it led only to frustration. If you make something out of matter, you can destroy everything in the twinkling of an eye ; on the other hand, thinking from the inside, in pictures, takes you much further because you have to settle problems that are not formal problems.
Traduction anglaise : Charles Penwarden

Notice FR-GB




Berlin matin